Jardinière d'herbes aromatiques sur un rebord de balcon

Une jardinière d’aromatiques rate pour une raison précise : on y plante ensemble des espèces qui n’ont pas les mêmes besoins en eau. Le basilic veut un substrat frais, le thym veut sécher entre deux arrosages, et la menthe étouffe ses voisines en une saison. Regroupez par besoins, pas par usage en cuisine.

Les trois groupes qui ne se mélangent pas

Classez vos herbes avant d’acheter le bac. Ce classement décide de tout le reste, et il ne souffre pas d’exception.

GroupeEspècesSubstratArrosage
Méditerranéennesthym, romarin, sarriette, origan, saugedrainant, pauvre, sableuxlaisser sécher entre deux
Fraîches et gourmandesbasilic, persil, cerfeuil, coriandre, cibouletteriche, humifère, fraisrégulier, jamais détrempé
Envahissantesmenthe, mélisse, estragonricherégulier

Les deux premiers groupes occupent chacun leur jardinière. Le troisième occupe son propre pot, seul, sans négociation.

La menthe se cultive à part, et c’est non négociable

C’est l’erreur la plus fréquente et la plus coûteuse. La menthe est une « plante vivace buissonnante (hauteur comprise entre 30 et 60 cm), parfumée et mellifère, à croissance rapide », et la fiche de la Société nationale d’horticulture prévient sans détour : « Attention la menthe est très envahissante ! »

Ses stolons courent sous la surface et ressortent à l’autre bout du bac en quelques semaines. En jardinière partagée, elle a colonisé toute la longueur avant la fin de l’été et le persil semé à côté a disparu. Donnez-lui un pot de 5 litres pour elle seule, rempotez chaque année, et récoltez « juste avant la floraison, si possible le matin ». La mélisse et l’estragon relèvent du même régime.

Le contenant et le substrat

Une jardinière de 60 cm de long sur 20 cm de profondeur accueille confortablement quatre plants d’aromatiques fraîches ou cinq plants de méditerranéennes, qui restent plus compactes. En dessous de 18 cm de profondeur, le substrat sèche trop vite pour le persil et le basilic.

Pour le groupe frais, un terreau de plantation additionné d’un cinquième de compost mûr convient. Pour le groupe méditerranéen, allégez avec un tiers de sable grossier et n’ajoutez pas de compost : ces espèces donnent leur meilleur parfum en sol pauvre, et un excès de fertilité produit des plants mous, aqueux et peu aromatiques. Percez le fond dans les deux cas et ne posez aucune couche de billes d’argile, sujet traité dans notre article sur ce qu’il faut mettre au fond des jardinières.

Le basilic, exigeant sur la température

Le basilic est Ocimum basilicum, une « plante annuelle de 30 à 90 cm de haut », et sa contrainte principale n’est pas l’eau mais le froid : « aucune résistance au froid. Le basilic nécessite des températures supérieures à 10 °C ».

Sorti trop tôt sur un balcon, il noircit et stagne sans jamais repartir. Le semis s’effectue « en mars ou avril à une température de 18 à 20 °C », à l’abri, et l’installation dehors attend que les nuits se maintiennent au-dessus de 10 °C, soit rarement avant la mi-mai en région lyonnaise. Acclimatez les plants une semaine à l’ombre avant de les mettre en place.

Deux gestes prolongent la production : « supprimez (pincez) les fleurs et prélevez régulièrement des feuilles pour activer les pousses », et à la récolte, « laissez à partir de la base deux paires de feuilles pour que votre plant puisse bien s’étoffer ». Un basilic qu’on laisse fleurir cesse de produire et devient amer.

Planter, dans le bon ordre

  1. Placez les hautes au fond, romarin et sauge côté mur, pour ne pas ombrager les autres.
  2. Les moyennes au centre, basilic et persil, à 20 cm d’écartement au minimum.
  3. Les retombantes en bordure, thym rampant et origan, qui déborderont sur le rebord.
  4. Arrosez copieusement une fois, à la plantation, puis reprenez le rythme du groupe.

Résistez à la tentation de serrer davantage. Une jardinière plantée trop dense manque d’air, retient l’humidité au collet et attire l’oïdium, particulièrement sur la menthe et la sauge.

Récolter pour faire durer

La récolte est un entretien, pas un prélèvement. Une aromatique qu’on ne coupe jamais monte à fleur, durcit et cesse de produire.

Coupez régulièrement, toujours au-dessus d’une paire de feuilles, jamais plus du tiers de la plante en une fois. Sur le persil, prélevez feuille à feuille en partant de l’extérieur. Sur le thym et le romarin, taillez les pousses de l’année sans jamais entamer le vieux bois, qui ne repart pas. Sur la ciboulette, coupez en touffe à trois centimètres du sol, elle repousse trois à quatre fois par saison.

Semer ou acheter en plant

Les deux voies se valent, mais pas pour les mêmes espèces. Le semis revient beaucoup moins cher et permet d’accéder à des variétés introuvables en jardinerie, à condition de viser les herbes qui lèvent facilement.

Semez directement la ciboulette, le cerfeuil, la coriandre et la roquette, qui germent sans difficulté. Le persil demande davantage de patience : sa levée s’étale sur trois semaines, et un trempage des graines vingt-quatre heures dans un peu d’eau accélère sensiblement les choses. Achetez plutôt en plant le thym, le romarin, la sauge et l’estragon, dont le semis est lent, irrégulier et rarement conforme au pied mère.

À l’achat, retournez le pot avant de payer. Un chignon de racines serrées qui tourne au fond signale un plant resté trop longtemps en godet, qui redémarrera mal. Un feuillage jaunissant à la base ou un substrat totalement sec sont deux autres motifs de reposer le pot. Les godets vendus en rayon alimentaire, très denses, contiennent en réalité plusieurs dizaines de plants serrés destinés à une consommation immédiate : divisez la motte en trois ou quatre fragments avant de repiquer, sinon l’ensemble s’épuise en quelques semaines.

Les deux problèmes courants

Une jardinière d’aromatiques bien conduite tombe rarement malade, et les deux ennuis qu’on rencontre ont la même origine.

L’oïdium se reconnaît à un feutrage blanc farineux sur les feuilles, surtout sur la sauge, la menthe et la mélisse en fin d’été. Il s’installe quand l’air ne circule pas et que le feuillage reste humide. Éclaircissez la touffe, supprimez les feuilles atteintes, arrosez au pied et jamais sur les feuilles, et espacez les pots. Sur des plantes récoltées en continu et consommées crues, on ne pulvérise rien.

Les pucerons colonisent surtout le basilic et la coriandre au printemps. Un jet d’eau ferme sur le revers des feuilles, répété deux ou trois jours de suite, suffit dans la quasi-totalité des cas en contenant. Supprimez les extrémités les plus infestées et laissez faire les coccinelles, qui montent sur les balcons plus souvent qu’on ne l’imagine.

L’hiver sur un balcon

Le basilic, la coriandre et le cerfeuil sont annuels et disparaissent à l’automne, sans qu’il y ait rien à sauver. Le persil est bisannuel et monte en graine la seconde année.

Les vivaces passent l’hiver dehors en région de plaine, à condition de protéger le contenant plutôt que le feuillage : c’est la motte qui gèle en pot, pas la plante. Regroupez les jardinières contre le mur, entourez-les d’un voile ou d’un carton, et surélevez-les de deux centimètres sur des cales pour éviter le contact avec la dalle froide. Réduisez fortement les arrosages sans les supprimer.

Pour composer le reste de vos bacs, notre comparatif des légumes adaptés à une jardinière donne les profondeurs culture par culture.

Questions fréquentes

Quelles aromatiques peut-on planter ensemble ?

Regroupez par besoins en eau. Les méditerranéennes, thym, romarin, sarriette, origan et sauge, veulent un substrat drainant et pauvre. Les herbes fraîches, basilic, persil, cerfeuil, coriandre et ciboulette, veulent un substrat riche et frais. Les deux groupes ne se mélangent pas.

Pourquoi faut-il cultiver la menthe à part ?

La menthe est très envahissante : ses stolons courent sous la surface et ressortent à l'autre bout du bac en quelques semaines, étouffant ses voisines en une saison. Donnez-lui un pot de 5 litres pour elle seule et rempotez chaque année. La mélisse et l'estragon relèvent du même régime.

Quelle profondeur pour une jardinière d'aromatiques ?

Vingt centimètres suffisent pour la plupart des herbes, et une jardinière de 60 cm de long accueille quatre plants d'aromatiques fraîches ou cinq de méditerranéennes. En dessous de 18 cm, le substrat sèche trop vite pour le persil et le basilic.

Quand sortir le basilic sur un balcon ?

Le basilic n'a aucune résistance au froid et exige des températures supérieures à 10 °C. Attendez que les nuits se maintiennent au-dessus de ce seuil, rarement avant la mi-mai en région lyonnaise, et acclimatez les plants une semaine à l'ombre avant de les installer.